« aux pouvoirs injustes, on ne doit pas opposer la beauté des principes mais la vérité des pratiques ».

Les pratiques du Gouvernement ne sont pas dignes de notre histoire.

En effet, depuis 8 mois, le Gouvernement

  • a lancé en juillet 2017 à grand renfort de communication un mémoire visant à garantir le droit d’asile et mieux maîtriser les flux migratoires, dont il n’a mis en application que la partie la plus répressive
  • pris une circulaire du 4 décembre demandant aux Préfets d’augmenter leurs objectifs d’éloignement des personnes déboutées de l’asile ou « dublinées »,
  • et une circulaire du 12 décembre pour recenser et contrôler les migrants dans les centres d’hébergement d’urgence instituant, un « tri » des étrangers.

S’y ajoute la dénonciation de pratiques policières intolérables allant de la destruction de tentes, à l’empêchement des associations et particuliers de leur donner à manger ou des vêtements….

« Aucun Gouvernement depuis la seconde guerre mondiale n’avait osé aller jusque-là déclarait récemment Patrick Weil.

C’est dans ce climat déplorable que s’ouvre l’examen du projet de loi relatif à l’asile et à l’immigration dont on peut s’interroger de la nécessité, surtout lorsqu’elle prévoit de rompre avec la tradition républicaine d’accueil des réfugiés de la France.

Des violences policières à Calais à la circulaire Collomb, en passant par la loi Warsmann, le Gouvernement a échoué à créer les conditions d’un débat serein sur un enjeu essentiel.

Les explications du Ministre de l’Intérieur n’ont d’ailleurs toujours pas convaincu de l’opportunité d’une nouvelle loi, quelques mois seulement après celles du 7 mars 2016 et du 29 juillet 2015. D’autant que la réforme du régime d’asile européen commun est en cours de discussion au sein des institutions européennes et qu’il faudra probablement modifier l’actuel projet de loi…

Les quelques rares avancées du texte ne sauraient faire oublier que ses principales mesures dégradent les conditions de travail des associations et des instances administratives et fragilisent le droit d’asile que le gouvernement prétend pourtant défendre. Une fragilisation du droit d’asile face à laquelle le Conseil d’Etat a estimé devoir intervenir dans sa décision du 20 février sur la « circulaire Collomb », décidant spécifiquement « que le recensement ne peut être fait que sur la base du volontariat pour les étrangers et pour les gestionnaires de centre ».

En instaurant une forme de « dissuasion migratoire », ce projet de loi marque une rupture avec la politique républicaine engagée sous le précédent quinquennat qui avait su concilier dignité de l’accueil des personnes et efficacité des procédures dans le respect de l’Etat de droit.

A l’occasion de l’examen parlementaire, le groupe Nouvelle Gauche fera des propositions afin qu’un véritable débat ait lieu. A une logique de gestion des flux, il opposera la bataille de la dignité qui se fonde notamment sur une amélioration de la protection des migrants, l’organisation d’un premier accueil et la continuité de l’accompagnement.

Beaucoup de répression, de suspicion et peu d’intégration, notre politique en matière d’immigration et d’asile ne peut se résumer à ça.