70 Maires et parlmentaires ont signé ce courrier au Président de la République le 11 mars dernier.

Monsieur Emmanuel MACRON

Président de la République

PALAIS DE L’ÉLYSEE

55 RUE DU FAUBOURG SAINT-HONORE

75 008 PARIS

 

Monsieur le Président de la République,

Peut-être avez-vous entendu parler de Chapelle Darblay. C’est sur ce site industriel, à Rouen, qu’a été inventée la production de papier 100% recyclé il y a près de 40 ans. Ce fleuron de l’économie circulaire risque de fermer en juin prochain, si les pouvoirs publics n’agissent pas massivement et urgemment pour que son propriétaire finlandais, UPM, qui souhaite s’en débarrasser, accepte les offres de reprises – car il y en a !

Chapelle Darblay, c’est 228 emplois et au moins 800 emplois indirects. C’est aussi une usine en tous points exemplaire au plan environnemental. Bénéficiant d’un savoir-faire, d’une situation géographique et d’atouts logistiques exceptionnels, Chapelle Darblay est le seul site français produisant du papier journal 100% recyclé avec de la fibre issue intégralement des circuits de récupération. L’usine dispose d’une puissance de recyclage de 480 000 t/an, soit le résultat du tri de 24 millions d’habitants –un tiers de la France. Elle rayonne dans un périmètre de 400 km et concerne notamment l’agglomération parisienne, Orléans, Dreux, Chartres, Le Mans, Nantes, Amiens, Rouen, Rennes, Caen, Cherbourg-en-Cotentin, Béthune, Ardenne, Aisne, Dijon et bien d’autres villes.

Chapelle Darblay est un acteur écologique de référence : sa chaudière biomasse représente 30% de la consommation régionale normande et est capable de chauffer l’équivalent d’une ville de 20 000 habitants. L’usine possède une station d’épuration pouvant subvenir aux besoins de 400 000 personnes. 50 000 tonnes de papiers sont transportées par voie fluviale, sur la Seine. Enfin, Chapelle Darblay joue un rôle essentiel auprès des acteurs de l’économie sociale et solidaire en développant des partenariats avec des entreprises d’insertion ou des entreprises adaptées. Ces engagements pourraient être maintenus et renforcés en cas de reprise de l’usine.

Il serait totalement absurde qu’un tel site, au cœur de l’économie circulaire, compétitif et hautement écologique, ferme. Si tel était le cas, cela pousserait de très nombreuses collectivités à enfouir ou brûler le papier déchet au lieu de le recycler, ou bien à l’envoyer en Belgique ou en Allemagne ! Cela aurait des conséquences dramatiques en termes d’impact carbone et contribuerait à augmenter la fiscalité locale sur les ordures ménagères dans de nombreux territoires.

L’usine dispose par ailleurs d’un potentiel de diversification remarquable. Nous savons d’ores et déjà que des débouchés pour de nouveaux produits en cellulose, notamment dans le domaine du carton d’emballage, du conditionnement mais aussi de l’isolation thermique (ouate de cellulose), sont pleinement envisageables et économiquement attractifs. Le site pourrait devenir un recycleur pour des tiers.

Les salariés et les pouvoirs publics locaux se battent. Il y a des repreneurs industriels, prêts à investir. Mais comme souvent dans ces cas-là, il faut un engagement politique national fort pour que le propriétaire (UPM) accepte de vendre et ne laisse pas le site à l’abandon.

Nous, collectivités locales pour la plupart déjà partenaires de Chapelle Darblay, demandons que l’Etat réhausse massivement ses engagements concernant l’usine et mette tout son poids politique dans la balance pour que le propriétaire actuel accepte les projets de reprise industrielle qui lui seront soumis dans les prochaines semaines. Nous sommes prêts à prendre toute notre part pour faciliter la reprise du site et sécuriser une partie des approvisionnements en papier pour l’avenir. Le plan de relance national impulsé dans le cadre de la crise sanitaire a affiché de fortes ambitions en matière de transition social-écologique. Chapelle Darblay étant un acteur de référence en la matière, nous demandons que le soutien au site s’intègre dans ce plan de relance.

Monsieur le Président, le 5 juin 2020, vous annonciez : « le Monde d’Après sera résolument écologique. Je m’y engage. Nous le bâtirons ensemble. Nous avons une opportunité historique de reconstruire notre économie et notre société sur de nouvelles bases, de nous réinventer, d’investir dans un avenir décarboné ». Vous avez mis la priorité sur la relocalisation industrielle et l’économie circulaire. Si Chapelle Darblay n’est pas au cœur de tout cela, quelle industrie l’est ?

Chapelle Darblay est un symbole du Monde d’Après, que nous appelons également de nos vœux. Faute de recyclage, va-t-on être obligé d’enfouir ou brûler du papier en France ? Allons-nous abandonner cette usine qui fait vivre plus d’un millier de familles ? Chapelle Darblay est l’unique usine de papier 100% recyclé en France. Nous avons jusqu’au mois de juin pour agir. N’attendons pas. Ensemble, sauvons le site !

Nous vous prions de croire, Monsieur le Président de la République, en l’expression de notre très haute considération.

 

Revue de presse

https://actu.fr/normandie/rouen_76540/chapelle-darblay-plusieurs-maires-de-france-mettent-la-pression-sur-emmanuel-macron_40097292.html

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/transitions-ecologiques/papeterie-une-coalition-d-elus-vole-au-secours-de-la-chapelle-darblay-879757.html

https://www.lesechos.fr/pme-regions/normandie/derniers-espoirs-de-reprise-pour-la-papeterie-de-chapelle-darblay-1296897